samedi 1 juillet 2017

Livre récompensé par la Parapsychological Association

Mon ouvrage La légende de l'esprit : enquête sur 150 ans de parapsychologie a reçu le Book Award délivré par la Parapsychological Association (2017). C'est le premier ouvrage francophone à recevoir cette distinction. Elle vise à soutenir la diffusion d'un ouvrage jugé pertinent par un comité de spécialistes de parapsychologie scientifique.


lundi 5 juin 2017

Nouvelles contributions à l'encyclopédie de la SPR - Sudre et Geley


Pour toutes les questions controversées, Wikipédia est en grande difficulté. Impossible de faire passer des informations sourcées quand une faction d'activistes est prête à tout pour les décrédibiliser (cf. les stratégies de guérilla mises en place par les sceptiques).

C'est pourquoi la Society for Psychical Research de Londres, la plus ancienne société de parapsychologie au monde, a développé le projet d'un encyclopédie parallèle (Psi Encyclopedia) rédigée par des chercheurs reconnus. Ce retour au modèle traditionnel de l'encyclopédie pourrait paraître ringard, mais pour tout ceux qui cherchent des informations fiables sur un domaine aussi complexe que la parapsychologie, c'est une aubaine.
Après une première entrée sur l'histoire de la parapsychologie en France, j'ai réalisé deux autres entrées sur le journaliste scientifique René Sudre et le médecin Gustave Geley. J'en prépare une autre centrée sur l'histoire de l'Institut métapsychique international.
N'hésitez pas à laisser vos impressions dans les commentaires.

mercredi 10 mai 2017

A propos d’une note de lecture critique

Sur Astroemail, on peut trouver une recension critique de mon ouvrage La légende de l’esprit : enquête sur 150 ans de parapsychologie par Claude Thébault. Toute critique est intéressante, néanmoins cela ne doit pas empêcher de développer un dialogue contradictoire.


Le livre est mis dans la catégorie « pour connaisseurs avertis » parce qu’il apparaît « difficilement accessible au néophyte ». Ce point n’est pas à contester puisqu’il ne s’agit pas d’un livre de vulgarisation. Toutefois, l’auteur affirme que les prérequis sont « une connaissance approfondie de l’actualité française de l’entre-deux guerres en la matière ». Puisque le livre couvre une période allant de 1852 à 2002, ce prérequis apparaît limité. L’histoire de la parapsychologie rejoint l’histoire générale, et si des liens sont tissés dans le livre, d’autres pistes peuvent toujours être explorées.

Plusieurs des critiques sont des insinuations qui sont difficiles à analyser : mon ouvrage n’apporterait que des « lumières tamisées » sur la parapsychologie, on pourrait « relativiser bon nombre de [mes] appréciations », le livre manque de « Franchise ». Ces remarques vont être appuyées par des critiques plus concrètes qui sont plus faciles à discuter.

L’une des critiques porte sur l’idée de l’élusivité décrite comme « hilarante », « une hymne à l’élusivité… comme dernière invocation expérimentale de la parapsychologie », « de quoi faire rire les scientifiques », « y compris en apportant au texte une dose de quantique afin de convaincre les nigauds », etc. Il était évident pour moi, lorsque j’ai discuté de l’hypothèse de l’élusivité dans l’une des parties de la conclusion de l’ouvrage, qu’elle était particulièrement difficile à admettre. Néanmoins, je pense avoir introduit celle-ci de façon prudente et justifiée. En effet, la formulation de cette hypothèse était produite vers 1920 par des chercheurs qu’ils soient dits tenants ou sceptiques : c’est un élément déjà présent et dont il fallait rendre compte. Leurs observations recoupent des travaux récents qui ouvrent à une compréhension nouvelle du phénomène. Des chercheurs utilisant le formalisme quantique, mais d’une manière scientifiquement argumentée, ont développé une Théorie quantique généralisée qui prédit ces phénomènes d’élusivité. Ces travaux, publiés dans des revues scientifiques (Axiomathes, Foundations of Physics, etc.) ayant des exigences bien plus élevées qu’un site internet, sont actuellement en cours de confirmation expérimentale, comme je le précisais d’emblée :
« Cette partie extrêmement spéculative nécessite une mise en garde. Beaucoup des idées discutées ci-dessous font actuellement l’objet d’échanges entre des chercheurs de pointe, mais leur vérification empirique est incomplète et sort de notre champ de compétence. »

Un autre argument affirme que je me méprends totalement sur la raison que je donne pour expliquer la marginalisation de la parapsychologie : le scientisme. Tout d’abord, je ne donne aucune explication, et surtout pas monofactorielle, et encore moins en invoquant une notion aussi floue que le scientisme. L’auteur croît savoir que la véritable raison est la loi, ce qui n’est guère surprenant pour un spécialiste de l’approche juridique de l’astrologie. Il cite la loi qui, en 1985, a protégé le titre de psychologue et considère comme délit pénal de se revendiquer psychologue ou apparenté, par exemple para-psychologue. Il cite également des jurisprudences dans lesquelles des prétendus parapsychologues furent condamnés pour escroqueries.
Cet argument apparaît très limité pour expliquer l’évolution de la parapsychologie depuis 1850. Il porte plutôt sur des constats quant aux rapports entre la parapsychologie et la loi, et donc la société. Les pratiques de divination étaient légalement interdites (dans mon livre, je renvoie à ce sujet vers le mémoire de Jean Boudot, La réaction du droit pénal face au paranormal ; DEA de Droit pénal et sciences criminelles de l’Université Lyon III, 1996). Elles ne le sont plus aujourd’hui à ce titre de pratiques divinatoires, mais lorsque, sous des appelations floues et non réglementées, elles transgressent simplement la loi commune.
Toutefois, on ne voit pas quel rapport peut être établi entre ces praticiens du paranormal et les scientifiques étudiant les phénomènes parapsychologiques. Thébault confond visiblement les deux registres. On peut envisager que la parapsychologie scientifique puisse contribuer à réglementer et régulariser ces pratiques, mais en l’absence d’une reconnaissance légitime de cette discipline, il règne un flou important. Il n’existe aucun statut professionnel spécifique (associé à une déontologie opposable) pour les voyants, magnétiseurs, médiums, etc., qui sont simplement soumis à un régime général (voir à ce sujet le livre d’Alexis Tournier, Comprendre la voyance, paru en 2016 également aux éditions Trajectoire).

L’auteur de cette recension ne manque pas d’envoyer plusieurs flèches contre Maud Kristen, célèbre voyante qui a, contrairement à d’autres, accepté de participer à plusieurs expérimentations scientifiques, mais n’a pas remporté le prix-défi d’Henri Broch, situé comme idéal scientifique par Thébault. Il développe également ses autres marottes : pas touche au CSI qui a « débunké » la néo-astrologie de Gauquelin, condamnation obligatoire de la thèse de sociologie de l’astrologue Elizabeth Tessier… Alors que ces points ne sont pas discutés dans mon livre, simplement mentionnés en m’appuyant sur d’autres références. L’ensemble de ces remarques révèle une lecture très orientée de l’ouvrage qui ne reflète aucunement son contenu.

Un autre point concerne la difficulté à lire le livre. Les aspects propres à la mise en page (double colonne en petits caractères) sont le fait de l’éditeur. Ma faute est d’avoir eu trop de choses à dire, ce qui a obligé l’éditeur à trouver un moyen pour faire paraître un tel livre en conservant un prix bas de 25 €.

Mais il y a des difficultés d’un autre ordre, selon Thébault. Il croît savoir certaines choses sur l’histoire de la parapsychologie et laisse à penser que, par son expertise, il peut défaire tout ce que mon livre pourrait lui apprendre. Ainsi, il revient sur l’affaire opposant le pseudo-fakir Tahra Bey au journaliste sceptique Paul Heuzé. Il faut noter que cette affaire est seulement mentionné non nominativement dans mon livre (qui je le rappelle porte sur l’histoire de la parapsychologie scientifique !), même si je renvoie vers les ouvrages d’Heuzé et de Robert Tocquet qui traitent de ce cas et d’autres similaires. Thébault m’accuse de mal situer l’affaire en 1926 : mais je ne la situe pas (puisqu’elle n’est pas discutée) et me contente de faire référence à l’ouvrage d’Heuzé Fakirs, fumistes et cie paru en 1926, et au suivant paru en 1932. En matière de faux-procès, Thébault semble aussi s’y connaître ! Car par ces points de détail, des inexactitudes qui sont en fait les siennes, il suggère mon incompétence. Alors qu’il est complètement en tort, il ne manque pas en effet de généraliser l’argument :
« Un sérieux décalage. On retrouve à d’autres endroits du livre de Renaud Evrard le même laxisme. Le lecteur épris de précision s’en agace en ayant l’impression que la critique anti parapsychologie est traitée avec désinvolture alors que les "figures" du mouvement ont droit à un traitement de faveur. »

Cette suggestion d’incompétence est renouvelée au sujet de l’intérêt de Pierre Curie pour la parapsychologie, auquel je consacre mon 6e chapitre. Et les reproches qui me sont fait laissent encore à désirer. Le premier reproche est que je transcris mal l’attitude de Curie, car celle-ci semble avoir fluctuée entre frilosité et passion curieuse lors de sa participation à l’étude expérimentale de la médium Eusapia Palladino. Or, j’ai justement détaillé séance par séance l’évolution de sa conviction en me basant sur les comptes rendus de séance et sa correspondance personnelle. Son scepticisme pragmatique renforce justement l’intérêt de son cas, qui n’aboutit pas à une conviction irrationnelle ; en effet, il en vient à conclure que la parapsychologie (ou paraphysique) est un domaine légitime dont il annonce qu’il va prolonger l’étude du haut de sa chaire en Sorbonne.
Le second reproche est d’avoir manqué le livre de Georges Lochak qui éclaire une partie des contributions de Pierre Curie dans son domaine, la physique. Je reconnais n’avoir pas été exhaustif pour resituer les travaux parapsychologiques de Curie dans ses travaux de physique et dans la physique de son époque. Néanmoins, je suis loin d’avoir fait « l’impasse » là-dessus comme me le reproche Thébault. J’ai notamment repris tous les commentaires de Curie inspirés par ses recherches sur la médiumnité, ajoutés aux descriptions de sa personnalité et de ses influences, bien qu’il faille noter que Curie n’en était pas encore à une interprétation théorique, préférant largement faire varier les conditions expérimentales pour mieux saisir les proriétés des phénomènes.

Thébault amène encore un autre procès en 1932 contre un vrai-faux alchimiste ayant repris des travaux de Curie : c’est complètement hors-sujet et anachronique. Je comprends ces passages détaillés comme des tentatives pour laisser croire que Thébault a une quelconque expertise sur l’histoire de la parapsychologie scientifique, alors qu’il a une réelle expertise – qu’on ne peut que reconnaître – sur l’histoire judiciaire associée aux pratiques occultes. Qu’il mélange encore ces deux domaines au sortir de la lecture de mon livre est assurément la plus grosse déception produite par sa note de lecture. Heureusement, que les avis d’historiens de la psychologie diffèrent largement du sien (voir dans Psychiatre, neurosciences et sciences humaines et dans le Bulletin de Psychologie).

samedi 1 avril 2017

Réponse à la lettre ouverte de Jocelin Morisson

Réponse à la lettre ouverte de Jocelin Morisson (31/03/2017), suite à mon article "Quelques remarques sur l'expérience de l'ISSNOE avec Nicolas Fraisse" (à lire ici)

Cher Jocelin,

Merci pour ta réponse argumentée à ma critique. Je vais y répondre point par point, et désolé pour la longueur.

1)   Répartition points positifs / négatifs

Dans une interrogation de mes supposées motivations, tu pointes un déséquilibre entre les quatre points positifs que je donne et les nombreux points négatifs que je liste. Les uns et les autres s’adressent au même public. Seulement, les points positifs étaient déjà facilement accessibles alors que les points négatifs étaient originaux, leur développement étant donc l’objet de mon texte. Je ne retire aucun des points positifs précédemment mentionnés (résultats quantitatifs, résultats qualitatifs, éco-validité, côté héroïque de la recherche). Je reconnais que les résultats qualitatifs seraient particulièrement intéressants à développer du fait de cette production spontanée de petits textes qui croquent une idée (cible) avec brio. Néanmoins, cela impliquerait une analyse littéraire qui n’a de véritable intérêt que si l’on peut d’abord garantir que l’inspiration ne pouvait guère s’appuyer sur des canaux conventionnels (même sans s’en rendre compte). C’est le problème que l’on soulève régulièrement concernant les tables parlantes de Jersey et les productions subliminales de Forthuny (cf. chapitres 2 et 8 de mon livre, respectivement ; et point (9) de cette réponse).

2)   Nourriture pour sceptiques

Tu me reproches (comme d’autres en parallèle) d’avoir fourni aux « sceptiques » de quoi conforter leur rejet a priori de cette expérience (qui ne m’a pas attendu). Il y a et aura toujours de nombreuses personnes qui préféreront la paresse intellectuelle, de même que la majorité des électeurs ne lisent même pas le programme du candidat pour lequel ils votent. Toutefois, mon texte est d’abord de la nourriture pour les « moutons » plus que pour les « chèvres » (et encore moins pour les choux) : ceux qui sont prêts à admettre la possibilité de véritables phénomènes paranormaux ont tout à gagner en apprenant à démêler le vrai du faux, c’est-à-dire en doutant même et surtout des « preuves » qui semblent confirmer leurs attentes croyantes. On peut entendre mes remarques avant tout comme un garde-fou pour les pro-parapsychologie, un rééquilibrage après l’enthousiasme dénué de sens critique qui a sévi pendant plusieurs mois (voire années) au sujet de cette expérience. Et il y a également un certain nombre de « sceptiques » qui pourront apprendre de ma manière de critiquer. En effet, ma méthode se veut simple et juste : a) se renseigner exhaustivement sur ce dont on parle ; b) critiquer les faits et pas les personnes ; c) s’ouvrir à la contradiction en dehors des clivages idéologiques ; d) respecter la démarche scientifique qui analyse un phénomène dans une série d’expériences (par exemple, en envisageant des reproductions corrigeant les  défauts initiaux) plutôt qu’en pointant une faille méthodologique potentielle pour généraliser le rejet à l’ensemble du champ.
Qu’est-ce qui dessert le plus la communauté parapsychologique ? Est-ce des critiques internes, entre pairs, faites dans un respect mutuel ? Ou est-ce lorsque des « sceptiques » nous démontrent qu’ils comprennent mieux la méthode scientifique que nous ? S’il faut attendre à chaque fois qu’un regard extérieur nous fasse nous rendre compte de nos défauts, cela revient à donner du poids à ce regard, à donner de l’importance à son rôle. Ne pas soutenir une approche auto-critique a pour effet de nourrir ceux qui se revendiquent du scepticisme. Le scepticisme ne doit pas être la charge de quelques uns, à qui on va prêter toutes les tares, à qui on confie le mauvais rôle, pour mieux les détester ensuite. Cela ne veut pas dire qu’il faille adhérer à tout ce que j’ai dit, bien au contraire, mais de nombreuses formules employées m’apparaissent comme des jugements à mon encontre alors que la critique entre pairs est uniquement le b.-a.BA de la communauté parapsychologique que je côtoie au quotidien.

3)   Bulletin en anglais

Merci pour cette information, je la corrige dans le texte. L’existence d’une version anglaise du texte m’était inconnue puisque, comme je l’ai dit, la diffusion du bulletin est extrêmement limitée.
Il pourrait être intéressant, à ce titre, de relire les travaux quelque peu datés de Merton sur l’éthos de la science. Les quatre normes qu’il met en avant sont l’universalisme (ici : le fait de ne pas se focaliser sur les personnes qui énoncent une proposition scientifique), le communalisme (la libre circulation des propositions émises, qui fait défaut ici), le désintéressement (que l’on peut légitimement interroger) et le scepticisme organisé (qui est tout bonnement ce à quoi j’invite les lecteurs). J’y reviendrai.

4)   La focalisation sur l’expérience de clairvoyance

Tu as raison de souligner que cette expérience de clairvoyance n’est pas au cœur de toutes les communications médiatiques autour de ces dix années de recherche. Il s’agit d’ailleurs d’une expérience additionnelle souhaitée par Marcel Odier et qui se distingue des performances spontanées et provoquées autrement étudiées, et qui tournent autour de la confirmation scientifique des perceptions véridiques associées aux expériences de hors corps. Il y a un risque de confondre cette expérience de clairvoyance et l’ensemble de la recherche communiquée par exemple dans le livre.
Mais à quoi sert cet argument ? A sauver le reste de ces recherches face à l’impact de mes critiques ? N’a-t-on pas le droit d’isoler cette expérience en l’évaluant indépendamment du reste ?
Là où je ne te suis pas, c’est que dans le livre et dans certaines prestations médiatiques, cette expérience constitue la saillie scientifique censée confirmer le bien-fondé de l’ensemble de cette recherche. Je pense que tu me vois venir : ton propre article dans Inexploré (n°32, automne 2016, pp. 48-53) que tu as eu l’amabilité de m’envoyer se fait l’écho de cette expérience. Après plusieurs pages sur les idées et inspirations intellectuelles et spirituelles de Sylvie Dethiollaz, les résultats de (dixit) « ce protocole classique de clairvoyance » sont donnés, peu avant une conclusion extrêmement générale où elle affirme : « Toutes ces années de recherche m’ont amenée à comprendre que la spiritualité est avant tout un état d’être et une façon d’entrer en relation avec le monde. (…) C’est le message que je voudrais transmettre dorénavant. » (p. 53) Il n’y a donc, selon mon observation, aucune véritable distinction entre cette expérience, le reste des recherches et son interprétation personnelle. On pourrait donc penser que cette expérience, avec ses chiffres frappants, vient cautionner son discours.
Or, c’est exactement ce qui transparaît du livre. Cette expérience de clairvoyance est présentée au cœur du livre comme « la plus ahurissante que nous allions traverser ensemble » (p. 142). Ce protocole fut utilisé avec plusieurs candidats qui obtenaient environ 30 % de réponses justes au lieu de 25 % attendu par le hasard. Un tel écart, suffisamment reproduit, suffit aux parapsychologues pour publier leurs travaux dans les meilleures revues de psychologie (voir par exemple, Storm, Tressoldi, Di Risio, 2010, dans le Psychological Bulletin). Cependant, on voit que l’ambition est ici toute autre, il s’agit de frapper un grand coup : « Mais il était clair que nous n’allions pas révolutionner le monde scientifique avec ce genre de résultats, et nous espérions trouver un candidat capable d’obtenir beaucoup mieux. » (p. 146) L’envie de marquer les esprits est présente… et atteint son but. Mais est-ce que cela n’induit pas un climat défavorable à une analyse à tête reposée du protocole ? Celui qui se permet de pointer tel ou tel défaut méthodologique ne devient-il pas un contre-révolutionnaire incapable de suivre le mouvement, l’éveil des consciences ?
Et si on prenait un peu de hauteur en regardant combien de fois la parapsychologie a obtenu des résultats somptueux avec des sujets doués, en employant des protocoles autrement plus sophistiqués, sans que cela ne produise un mouvement de bascule ? Et pourquoi ne replace-t-on pas cette expérience dans le contexte de la recherche parapsychologique ? Si on le faisait, on verrait qu’elle est méthodologiquement très en-deçà des standards utilisés actuellement. La présenter comme « un protocole classique » pour tester la clairvoyance est en soi au mieux un anachronisme, au pire une aberration.
Toujours est-il que l’ISSNOE a décidé de publier cette expérience à part du reste, et d’en faire un argument employé ponctuellement, en fonction du public, pour fournir une caution scientifique à l’ensemble du projet de recherche et de ses interprétations. Les chiffres (79 % de réussite, rendez-vous compte !) provoquent alors enthousiasme et paresse intellectuelle. J’invite tout le monde à prendre en considération l’ensemble du projet, mais je maintiens qu’il est légitime de considérer cet élément indépendamment du reste.

5)   Livres commerciaux

Tout livre a un objectif commercial (qui peut n’être pas partagé par l’auteur !), mais je pointais spécifiquement ici la reconnaissance explicite par ses auteurs que l’achat du livre permettait de soutenir la poursuite de cette recherche (de la même façon que les autres appels à la générosité publique). Il s’agit donc d’un objectif d’entreprenariat scientifique, de la même façon qu’un chercheur pourrait vendre une technologie qui n’a pas fait la preuve de son efficacité en laboratoire, à seule fin que les acheteurs en soient les cobayes volontaires. Il y a un croisement des intérêts qui interroge le « désintéressement » que Morton a élevé comme norme de l’éthos scientifique (voir plus haut).

6)   Montage de l’émission d’Ardisson

En effet, je ne sais pas ce que le montage de l’émission d’Ardisson a coupé des rectificatifs. Je suis prêt à modifier ce point si des éléments sont amenés en ce sens. Mais il existe plusieurs manières de rectifier le tir, et je n’ai vu aucun message officiel de la part de l’ISSNOE (sur leur site et réseaux sociaux) qui reconnaît ce problème.

7)   Opacité et transparence des enveloppes-cibles

Tu écris :
« Sur les problèmes méthodologiques, l’histoire des enveloppes jaunes, dites "opaques", qui t’amène à présumer qu’elles sont des enveloppes kraft ordinaires frise la malhonnêteté. Tu l’illustres par une image où tu tiens une telle enveloppe devant une fenêtre pour en deviner le contenu à contre-jour, comme si Nicolas avait eu le loisir d’effectuer ce genre de manipulation devant les expérimentateurs, alors qu’il est bien dit qu’il ne touchait pas les enveloppes. L’argument consistant à dire qu’il les touchait au moment de les signer est archi-spécieux puisqu’à ce moment là il avait déjà donné sa réponse. »
J’attends un démenti. Je ne crois pas malhonnête de demander à connaître un détail sur le matériel utilisé qui n’est pas explicité dans le rapport. Tu le sais aussi bien que moi, l’histoire de la parapsychologie est pleine de matériel « opaque » qui ne l’était pas tant que cela ; il est évident que cela attire directement l’attention. Le manque d’opacité peut créer un véritable biais. Il faut ensuite en mesurer la portée. Je trouve que j’ai été plutôt sobre puisque je me suis contenté de pointer qu’une enveloppe pouvait perdre de son opacité selon la luminosité et la position de son contenu. Mais il y a d’autres possibilités comme l’utilisation de liquides qui réduisent temporairement l’opacité. Le plus simple est la salive ou sueur, toujours à disposition, mais qui peut laisser une tache. Le plus adapté est l’acétone qui sèche rapidement (mais émet une odeur forte) (merci Olivier Talouarn pour la suggestion !) ou le X-Ray Spray vendu 15 € sur Amazon dont on peut voir une démonstration ici : le papier devient transparent l’espace d’une minute maximum, puis le produit sèche et ne laisse aucune trace (j’ignore ce qu’il en est de l’odeur, mais celle-ci pourrait se dissiper avant que l’huissier ne puisse vérifier l’intégrité des enveloppes).
Le raisonnement est celui-ci : une enveloppe peut devenir transparente dans certaines conditions. Qu’est-il prévu dans le protocole pour l’empêcher ? L’expérience se fait en plein jour et/ou dans une salle éclairée, donc la luminosité peut être utilisée. Le sujet peut toucher l’enveloppe et donc presser l’image contre l’enveloppe afin de la voir. Il peut utiliser des liquides naturels ou artificiels (puisqu’il n’est jamais fouillé) pour améliorer la transparence. A ce raisonnement s’oppose ensuite le fait, décrit dans le protocole, que les contacts du sujet avec l’enveloppe sont surveillés par les opérateurs. J’ai donc questionné la qualité de cette surveillance continue pendant 20 fois 15 minutes par jour d’expérience. Elle dépend également de la position des observateurs et des distractions (induites ou non par le sujet). On peut également essayer d’évaluer les aptitudes d’observation des opérateurs (problèmes de vue, liés ou non à l’âge ; connaissances de la prestidigitation, etc.). Le sujet a le droit de toucher l’enveloppe pour y inscrire sa réponse. Tu supposes que cela n’est possible qu’après qu’il ait énoncé son choix (ce qui correspond à la narration de l’expérience) mais il faudrait vérifier que cela est systématique et que le sujet ne peut pas changer d’avis à partir du moment où il touche l’enveloppe. Or, on ne nous décrit qu’une partie des essais (et même pas l’ensemble des réussites). Une précaution aurait pu être d’obliger le sujet à sélectionner sa réponse, enregistrée indépendamment par un opérateur, avant de lui remettre l’enveloppe. Mieux encore : qu’il n’inscrive pas sa réponse sur l’enveloppe-cible, ce qui est, somme toute, d’une logique élémentaire.

8)   Sélection des cibles

La sélection des cibles est une tâche plus complexe qu’on ne le pense. Les parapsychologues ont développé des méthodes standards en ce sens qui ne sont pas celles employées ici. Un ordinateur s’appuyant sur une base de données d’images standardisées apporte certains avantages, mais ne fait pas tout. Dans mon texte, je pointe plusieurs problèmes : le plus simple est la randomisation des cibles dont le procédé n’est pas explicité. Le plus complexe est que trois des personnes qui participent à l’expérience (au moins) ont manipulé les cibles. Sylvie Dethiollaz les a sélectionnées et composées en lot. Marcel Odier les a mises dans des enveloppes. Maître Breitenmoser a sélectionné l’image cible et a scellé l’enveloppe la contenant. En condition de double aveugle, l’expérimentateur ne doit avoir aucun moyen de connaître la cible. Or, dans cette expérience, ce n’est absolument pas le cas : 1) Dethiollaz est également opérateur alors qu’elle sait quelles images sont contenues dans chaque lot ; 2) L’huissier est présent lors d’une journée alors qu’il connaît la cible ; 3) L’indépendance entre Marcel Odier et son épouse Monique n’est pas garantie : c’est une remarque triviale, on pourrait me reprocher de n’avoir pas vérifier qu’ils faisaient chambre à part et n’avaient aucune raison d’être complices… Comme tu le sais, le double aveugle est une procédure standard en science : elle a été employée dès le 18e siècle afin de tester des prétentions parapsychologiques (Kaptchuck, 1998). Si les auteurs peuvent justifier qu’une condition de simple aveugle est suffisante, je suis ouvert à la discussion. En attendant, je pense avoir montré que les conditions d’un double aveugle ne sont pas réunies.
Tu interprètes cette rigueur comme de l’aveuglement : je te l’accorde. Admettre ces biais obligent à une certaine gymnastique mentale : il faut s’empêcher de voir ce que notre cœur favorise. Comme je le disais, mon impression personnelle est que tous les participants sont sincères. Je pourrais même les trouver sympathiques. Mais je peux comprendre que tout le monde ne partage pas cette « participation affective » qui orienterait l’interprétation de ce protocole. La description objective est celle sur laquelle on peut discuter sans être renvoyé chacun à notre propre identité. C’est sûrement plus difficile pour toi qui a eu l’occasion de côtoyer toutes ces personnes. Mais est-ce que ta subjectivité n’est pas aussi une source d’aveuglement ?

9)   Caractère extraordinaire de l’acquisition d’information

Tu listes plusieurs de mes remarques méthodologiques auxquelles tu ne trouves rien à dire, sinon qu’elle passerait à côté de l’aspect le plus extraordinaire de l’expérience : la façon dont Nicolas Fraisse a spontanément développé plusieurs techniques pour acquérir des informations. J’admets avoir bien apprécié les textes qui se présentent comme des devinettes et qui ont un effet plaisant une fois la solution dévoilée. Toutefois, je récuse le caractère extraordinaire de la chose. On pourrait la comparer à énormément de cas documentés dans lesquels un sujet passe par la transe pour tenter d’acquérir ces informations. N’est-ce pas la base de la médiumnité ? N’a-t-on pas relevé, depuis le Victor Race du Marquis de Puységur, que le sujet en transe fait alors montre de ressources intellectuelles inhabituelles ? Il faut lire Myers, Osty, Richet, Sudre, etc. qui ont largement fait le tour de la question et ont proposé un modèle théorique d’inspiration psychologique qui, à mon sens, explique très bien ce phénomène sans faire appel à des entités surnaturelles (chapitres 5, 7, 8 de mon livre).
Dans mon livre (chapitre 8), j’ai été confronté à un cas similaire : celui de Pascal Forthuny. Ses divinations se présentent comme des énigmes, avec des jeux de mots, une grande finesse d’esprit, de l’humour, de la théâtralité… Processus remarquable, mais qu’il l’était peut-être moins chez lui du fait de sa qualité d’hommes de lettres. Néanmoins, la critique que les parapsychologues ont été amenés à faire (et que j’ai reprise) est que de telles productions peuvent être tout à fait artificielles, c’est-à-dire simulées pour distraire l’audience, si le sujet a un moyen conventionnel de connaître la cible. Je reprends l’exemple des élèves de Marie Curie qui se présentent face au voyant : il suffit que Forthuny ait identifié l’un de ces élèves pour qu’il scénarise sa réponse passant par l’association des mots « Cardinal » et « Curie ».
En somme, tout l’aspect qualitatif des productions en transe est secondaire par rapport à l’analyse objective du protocole puisque ces transes créatrices peuvent être simulées. Je suis donc en complet désaccord avec toi qui voit là l’essentiel et qui ramène mon analyse méthodologique au détournement d’attention.

10)                  Ta conclusion

Je n’ai pas bien saisi comment tu passais de mon analyse de la méthodologie à des considérations théoriques sur ce que sont censés nous apprendre les phénomènes dits paranormaux. J’ai des raisons de ne pas faire ce saut. On comprend que tu défends une spiritualité laïque qui trouve dans une lecture non-technique des parasciences un moyen d’affermir sa foi. Pourrais-tu m’expliquer ce qui l’en distingue du New Age ?
Comparer ton approche à celles de Dean Radin ou Russel Targ est hors de propos, ou plutôt, c’est bien là le vrai mal français. On en arrive à connaître de ces chercheurs que la version lyophilisée et tronquée que les médias veulent bien laisser passer, médias avec lesquels tu collabores fréquemment. Si ces deux chercheurs ont communiqué leurs propres interprétations des données de la parapsychologie, ils sont aussi capables de faire la part des choses et de regarder froidement un protocole, ses défauts, ses améliorations possibles. Ou du moins ils acceptent de faire partie d’une communauté de pairs qui pratique le scepticisme organisé. Mais ces échanges entre « spécialistes », comme tu dis, passionnent moins, bref, se vendent moins.
Je suis conscient des questionnements métaphysiques ou spirituelles associés à ces recherches et de la possibilité de les aborder rationnellement. Les parapsychologues le font en articulation avec la méthode scientifique, dans une sorte de « métaphysique expérimentale ». Ils débattent par exemple de la possibilité de la survie de quelque chose à la mort physique à partir de données empiriques. Ils en arrivent à des débats extrêmement pointus sur la qualité des preuves, avec des analyses minutieuses des protocoles, etc. (par exemple, Storm & Thalbourne, 2006). On ne se cache pas derrière le petit doigt ou l’arbre de la raison en faisant un travail critique de cette expérience de clairvoyance, tout au contraire. Ta diatribe, louée par tes supporters, penche malheureusement du côté d’une approche de la spiritualité par la spiritualité, et non par le biais d’une démarche scientifique. Je comprends mieux pourquoi nos chemins divergent.


Références

Kaptchuck, T.J. (1998). Intentional ignorance: a history of blind assessment and placebo controls in medicine. Bulletin of History of Medicine, 72(3), 389-433.
Storm, L., & Thalbourne, M.A. (2006, Eds.). The survival of human consciousness: Essays on the possibility of life after death. Jefferson, NC: McFarland.

Storm, L., Tressoldi, P.E., Di Risio, L. (2010). Meta-analysis of free-response studies, 1992-2008: assessing the noise reduction model in parapsychology. Psychological Bulletin, 136(4), 471-485.

mercredi 29 mars 2017

Quelques remarques sur l'expérience de l'ISSNOE avec Nicolas Fraisse

La parution du livre Voyage aux confins de la conscience : le cas Nicolas Fraisse (Dethiollaz, Fourrier & Fraisse, 2016, éditions Guy Trédaniel) et sa médiatisation importante ont fait découvrir  à certains une expérience étonnante de clairvoyance, réalisée de mai à juillet 2013, dans le cadre de 10 années de recherche avec un sujet ayant fréquemment des expériences de hors corps. Ces expériences ont été réalisées au sein du Centre Noêsis devenu, après fusion avec la Fondation Odier de Psychophysique, l'Institut suisse des sciences noétiques (Genève).
N'étant pas parvenu à trouver de critiques argumentées de cette expérience, j'ai décidé de partager quelques remarques assez basiques à son propos, qui seront sûrement à compléter et à corriger. 
Un petit rappel pour ceux qui ne connaissent pas l'expérience : on remet à un sujet une image dans une enveloppe jaune (dite "opaque"). Il doit deviner ce qui est sur l'image ou, plus précisément, il doit correctement identifier l'image à l'étape suivante où on lui présente 4 images dont la cible. On renouvèle la procédure 100 fois avec des pauses entre chaque essai (et tous les 20 essais). Il s'agit donc d'une expérience très simple de clairvoyance que chacun peut reproduire chez soi. 


Points positifs

Tout d'abord, il faut souligner les qualités de cette étude :
- Des résultats quantitatifs bien supérieurs au hasard (79 succès sur 100, alors que le hasard seul prédit une moyenne de 25 succès), et même au-delà de ce que l'on voit habituellement dans les recherches sur la clairvoyance (1 chance sur 69 milliards de milliards de milliards).
- Des résultats qualitatifs également très intéressants, bien qu'inattendus : le sujet (Nicolas Fraisse) ayant spontanément transcrit des réponses en prose ou en vers qui le guidaient dans la sélection de la cible.
- Une étude longitudinale sur un sujet unique qui s'intéresse à sa psychologie et développe un protocole sur-mesure. C'est très rare de voir des expériences à ce point "écologiquement valides", comme on en trouvait aux débuts de l'Institut métapsychique international (dans les années 1920).
- Une recherche originale, développée avec un grand courage épistémique et dans des conditions de financement très difficiles. 

Points négatifs

Aspects généraux

Par respect pour les participants à cette recherche, il me paraît nécessaire de leur proposer un débat contradictoire. Une critique qui se résumerait à dénoncer que de telles recherches soient entreprises, ou à contester les résultats parce que contraires à telle ou telle vision du monde, ne rendrait pas justice à cette entreprise scientifique. Je proposerai seulement des remarques assez formelles portant sur le protocole et son introduction dans le circuit scientifique :
  • La première remarque, la plus évidente, est que cette recherche n'a pas encore été publiée convenablement. Ses auteurs sont bien conscients de ce fait et développent certains efforts pour soumettre cette recherche à une revue mainstream (cf. l'interview de Sylvie Dethiollaz par Jocelin Morisson dans Nexus). Néanmoins, ils ont fait le choix de communiquer sur leurs résultats avant même d'attendre ce regard partagé avec la communauté scientifique. L'expérience a été publiée une première fois en français et en anglais (Edit : merci Jocelin Morisson) en décembre 2013 dans le n°5 du Bulletin de la fondation Odier de psychophysique, c'est-à-dire une publication en interne (les Odier participant à l'expérience et la finançant). Ce bulletin n'est pas indexé et se trouve être difficile à se procurer : impossible de commander l'article ou le numéro en ligne. Ensuite, l'expérience est décrite dans le livre cité plus haut, mais cela veut dire à nouveau qu'il n'a pas fait l'objet d'une évaluation extérieure conforme au processus scientifique. Cette évaluation aurait permis de pointer de potentielles failles méthodologiques, bien mieux que je n'en sois capable moi-même. Pour l'instant, il s'agit donc d'une pré-publication qui appelle donc à certaines réserves.
  • La deuxième remarque a trait au processus de diffusion. La recherche est décrite dans un livre dont les objectifs sont ouvertement commerciaux, les auteurs reconnaissant que la vente du livre (comme celle de leur précédent ouvrage) est la principale source de revenus pour financer la poursuite des recherches de leur institut. C'est donc de l'argent réinvesti dans la science, mais cela peut prêter à confusion car de nombreux pseudo-scientifiques utilisent le même procédé de contournement du circuit scientifique pour "vendre du rêve" et s'enrichir sur le dos de la crédulité. La parution du livre a bénéficié d'une exposition médiatique très importante et généralement de qualité. Mais celle-ci peut être qualifiée de surmédiatisation car il y a un déséquilibre entre ce qui a été proposé aux chercheurs en l'espace de 10 ans et ce qui a été diffusé au grand public. De plus, lors de certains passages médiatiques (notamment l'émission Salut les Terriens de Thierry Ardisson du 25/3/17), une ambiguïté (de la part de l'animateur, mais non corrigée par les invités) laisse penser qu'il s'agit d'une recherche de l'Université de Genève. En effet, cette Université est mentionnée à deux reprises (par rapport au doctorat de Sylvie Dethiollaz et par rapport au fait que Nicolas Fraisse s'est rendu au laboratoire de l'Université de Genève pour se faire tester) alors que l'ISSNOE n'est jamais mentionné en sa qualité de laboratoire privé sans aucune attache universitaire.
Problèmes méthodologiques

Ensuite, quelques remarques sur le protocole en lui-même. Tout d'abord, un petit rappel du b.a.-ba. (d'après le cours de psilogie du québécois Louis Bélanger). Une expérience de parapsychologie est constituée de quatre éléments : un sujet, une cible, un obstacle et un expérimentateur. L'expérimentateur doit garantir que l'obstacle ne permet pas au sujet d'accéder à ou d'influencer la cible par un moyen conventionnel, afin de pouvoir conclure qu'il se passe quelque chose de non-ordinaire (l'hypothèse d'une anomalie ou "psi"). L'analyse d'une expérience consiste donc à analyser chacun de ces éléments et leurs relations croisées. Nous relevons ci-après plusieurs défauts qui laissent à penser que, dans cette expérience, les expérimentateurs n'ont pas suffisamment contrôlé l'obstacle entre le sujet et la cible, malgré quelques efforts dans ce sens.
  • En annexe du livre (p. 229-230), on trouve des détails sur le protocole qui étaient déjà présentés dans la première publication, centrée sur l'aspect technique. Ils concernent la préparation du matériel qui a servi de cible. 100 séries de 4 images avaient été constituées par Sylvie Dethiollaz, apparemment sans s'appuyer sur une base de données standardisée d'images. Les images étaient placées dans une enveloppe cartonnée numérotée sous deux formats : en format A5 (images) dans des enveloppes jaunes (dites "opaques") et en format A6 (photos) dans des enveloppes blanches. Chaque image comportait en bas à gauche des informations cruciales : son numéro de série et trois mots censés décrire l'image. Le numéro du lot était indiqué sur l'enveloppe jaune et sur la pochette cartonnée. Le matériel n'étant pas spécifié, je présume (en attendant d'être détrompé) qu'il s'agit d'enveloppes kraft ordinaires. Or, celles-ci ne peuvent pas être qualifiées d'opaques car elles offrent en vérité un certain degré de transparence, qui dépend de la position du contenu et de la luminosité. L'exemple ci-dessous illustre cette transparence avec la même image dans l'enveloppe dans deux conditions de luminosité ("CIBLE A-1" est lisible à droite, cliquez pour agrandir). Cette transparence fonctionne également lorsque les images sont "face en bas" et apparaissent inversées.


  • A ce niveau, on peut regretter l'utilisation de ce matériel qui peut donner lieu à des fuites sensorielles : marquage des enveloppes et transparence permettent d'imaginer un scénario frauduleux, d'autant plus que le sujet avait la possibilité de manipuler les enveloppes. En effet, on nous dit qu'il tenait ses mains légèrement au-dessus des enveloppes, mais a) on ne peut garantir que la situation d'observation permette de détecter toute manipulation car cela dépend de la position des observateurs et des distractions, or leur attention devait être maintenue en continu pendant des séquences de 15 minutes 20 fois dans la journée ; b) le sujet avait de toute façon la possibilité de manipuler l'enveloppe au moment de donner sa réponse et de signer sur l'enveloppe. L'huissier a procédé à une vérification à la loupe de l'intégrité des enveloppes dans l'après-coup, mais il existe certains marquages discrets ou éphémères, connus des prestidigitateurs, qui auraient pu lui échapper. (L'intégralité du matériel a été conservé jusqu'en décembre 2014.)
Exemple d'image-cible et d'enveloppe jaune (p. 164 du livre)

  • Marcel Odier (qui a initié le protocole) avait pour tâche de vérifier la correspondance images-photos, de retourner et mélanger les images (manuellement, c'est-à-dire sans garantir un aléatoire vrai), de les introduire face en bas dans les enveloppes jaunes A5 qu'il fermait. On ne comprend pas pourquoi il doit y avoir un mélange à cette étape puisque l'image cible est choisie aléatoirement à l'étape suivante. Des cibles sélectionnées par un ordinateur, sans contact avec le sujet et, mieux encore, sélectionnées après les choix du sujet (condition "prémonitoire") sont considérées comme apportant plus de garanties et sont donc davantage utilisées dans la recherche parapsychologique. Une sélection des cibles qui est opérée manuellement par l'un des expérimentateurs (ou une personne directement impliquée dans la conception et les résultats de l'expérience) peut introduire des biais et laisser place à un scénario de fraude. On invoquera immédiatement la probité sans faille de feu Marcel Odier, mais devoir se reposer sur la confiance dans les expérimentateurs ruine totalement l'analyse objective du protocole. M. Odier s'est volontairement abstenu d'assister aux séances, toutefois son épouse Monique était présente systématiquement en tant qu'"opératrice". Des soupçons de collusion glisseront logiquement jusqu'à elle, alors que sa probité est tout aussi estimable.
  • Ce même matériel était ensuite remis à l'huissier Maître Breitenmoser. L'autorité d'une personne assermentée apporte une certaine garantie, mais cela ne permet nullement d'écarter toute collusion, même lorsqu'on nous vante la réputation locale de probité de cet huissier (p. 165). Maître Breitenmoser avait pour tâche de sélectionner au hasard 20 séries (sur 100) et une enveloppe (sur 4) pour chacune des séries. On ne nous explique nulle part comment le hasard a été simulé pour ces deux opérations. Il scellait ensuite les enveloppes cibles et les plaçait dans une grande enveloppe blanche numérotée, accompagnée des 4 photos de la série dans une petite enveloppe blanche (qui, elle, n'était pas scellée, selon la description donnée). On nous explique que Maître Breitenmoser a assisté à la cinquième journée de test (24 essais) alors qu'il connaissait les cibles ou pouvait les connaître. (Précisément, il lui était possible de regarder les images avant de les sceller, même s'il affirme le contraire ; et il connaissait ces images qui avaient été utilisées pour une expérience antérieure à laquelle il avait déjà pris part.). Il peut alors communiquer des informations qui guident le sujet, même s'il ne le fait pas verbalement et volontairement. Puisqu'il a souhaité un "strict partage des tâches" de chacun, on ne comprend pas pourquoi il a été accepté dans ce rôle qui était normalement dévolu aux seuls expérimentateurs, et non à une personne qui a sélectionné les cibles en amont. Sa présence seule devrait conduire à l'invalidation de ces 24 essais (dont 18 avec succès) car elle exclut la condition de double aveugle.
  • L'enveloppe blanche (probablement tout aussi relativement transparente, mais du moins non qualifiée d'opaque) avec les 4 images de chaque lot était également fournie par l'huissier. Elle était remise au sujet une fois qu'il avait donné sa réponse. Toutefois, on ignore où se trouve cette enveloppe blanche durant tout ce temps. Celle-ci n'est ni scellée ni vérifiée après-coup et elle pourrait faire l'objet de manipulations sans que personne ne s'en rende compte. Par exemple, une image peut être subtilement marquée par un complice ou la façon de remettre l'enveloppe au sujet peut, par convention frauduleuse, lui donner un indice (le pouce sur le coin haut gauche de l'enveloppe indique l'image 1 du lot, etc.). Si l'enveloppe blanche est dans la même pièce, qu'est-ce qui garantit que le sujet ne peut obtenir d'indices sur les photos qu'elle contient ? Ces indices, combinés par exemple aux réactions des opérateurs (dont Sylvie Dethiollaz qui a préparé les images) peuvent fournir des informations au sujet pour le guider. En effet, cela ce combine avec le problème des interactions verbales et non-verbales entre le sujet et les opérateurs, dont au moins l'un d'eux a choisi les images, les a constitué en lots qu'il a numérotés. (Ainsi, Sylvie Dethiollaz dit à certaines occasions avoir rapidement pensé à une image-cible précise lorsque le sujet a commencé à l'évoquer.) Nous ne sommes donc pas strictement dans une condition de double aveugle. Dès lors (quand bien même ce scénario est extrême), si le sujet parle d'un pingouin et que l'opérateur sait qu'il n'y a pas d'images de pingouin dans ce lot, il peut faire involontairement une grimace qui dissuade le sujet de poursuivre dans cette voie. 
  • Ces problèmes d'interactions verbales et non-verbales sont sous-estimés par les chercheurs. En effet, ils affirment à plusieurs reprises ne pas avoir verbalisé leurs choix de réponses lorsqu'ils pensaient avoir reconnu l'image-cible et le sujet non. Toutefois, ils peuvent avoir influencé ses choix par leurs attitudes non-verbales (souffle, battement cardiaque, sueurs, orientations du regard...) et ceci de manière involontaire et passée inaperçue pour eux.
  • Le protocole initial impliquait un dépouillement et un feed-back donné au sujet après les 100 essais prévus. Or, après 76 essais (4e journée de test), l'huissier a dépouillé les résultats et les a communiqués au moins à M. Marcel Odier. Les scores extraordinaires les ont convaincu de continuer et ont incité l'huissier à prendre un nouveau rôle d'expérimentateur pour exclure toute fraude. Le problème est que ce dépouillement prématuré est une mauvaise pratique de recherche dite "arrêt optionnel" (optional stopping), notion qu'on applique aux recherches qui s'arrêtent après un nombre arbitraire d'essais. Ici, les 100 essais ont été finalement réalisés comme convenus au départ. Mais cela a été fait alors que les chercheurs étaient informés d'un score hautement significatif en cours. C'est donc du "non-arrêt optionnel" puisqu'on peut présumer que l'expérience aurait pu être arrêtée si le score avait été différent. Les chercheurs affirment n'avoir pas informé le sujet de l'état des résultats. Toutefois, la présence inopinée du huissier et sa communication au moins non-verbale ont pu fournir des indices au sujet et aux opérateurs sur l'état des résultats.
  • Les chercheurs nous expliquent que le protocole impliquait 20 essais par journée d'expérience. Or, à la fin de la 4ème journée, ils en étaient seulement à 76 essais au lieu de 80 attendus. Cet écart est expliqué par un retard lié aux échanges durant les pauses (Edit: merci Stéphanie Taveneau). Toutefois, ce non-respect du protocole introduit des questions : qu'était-il fait des enveloppes non utilisées ? Quelles garanties a-t-on apporté pour qu'elles ne soient pas manipulées ? (A priori, j'imagine que toutes les enveloppes, qu'elles soient descellées ou non, étaient remises au huissier chaque soir d'expérience. Mais cette précision n'apparaît nulle part.)

Conclusion

Pour synthétiser mes critiques : 1) absence de publication scientifique ; 2) surmédiatisation en tant que "recherche scientifique" ; 3) l'obstacle n'est pas garanti par les expérimentateurs car : on ne sait pas explicitement comment l'image-cible est sélectionnée "aléatoirement" ; l'image-cible est placée dans une enveloppe qui, selon toute apparence, n'est pas totalement opaque ; le sujet manipule l'enveloppe contenant l'image-cible ; on peut difficilement garantir l'intégrité des enveloppes ; on ne sait pas ce qui advient de l'enveloppe non-scellée contenant les quatre images du lot dont la cible ; au moins un des opérateurs présents connaît les images sélectionnées dans chaque lot ; le sujet peut être guidé par le comportement verbal et non-verbal des opérateurs ; la personne chargée du choix de la cible a assisté à 24 essais qui sont intégrés dans le calcul final alors qu'ils sont contaminés par sa présence ; il manque certaines opérations pour aider à prévenir les fraudes ; 4) le dépouillement prématuré des résultats est une mauvaise pratique de recherche et le protocole a connu des variations pouvant potentiellement introduire des biais.

Ces critiques ne visent aucun des participants à cette expérience. En effet, elles ne portent que sur un protocole à partir des informations parcellaires recueillies dans des pré-rapports. Je mettrais à jour cette page dès que j'aurais de nouvelles informations et j'invite toute personne ayant un avis contraire et argumenté à me contacter.
A titre personnel, je suis convaincu de la sincérité et de l'honnêteté de tous les participants à cette expérience. Mais cela n'engage malheureusement que moi. D'après Thomas Gieryn[i], les controverses scientifiques peuvent être assimilées à des "concours de crédibilité". Il ne manque jamais d'adversaires qui tentent de décrédibiliser les chercheurs en parapsychologie par tous les moyens possibles, tandis que ces mêmes chercheurs développent des stratégies de légitimation, en créant des alliances, en stimulant des foules enthousiastes, etc. Les règles du jeu scientifiques passent souvent au second plan. Mes remarques ne portaient que sur le respect ou le non-respect de ces règles dans le cadre de cette expérience conduite de mai à juillet 2013. Et mon souhait est le même que le professeur Jacques Neirynck, un observateur privilégié de cette expérience : que celle-ci soit reproduite par d'autres expérimentateurs (avec le même sujet ou un autre) en corrigeant les défauts méthodologiques de l'expérience initiale. Je pense d'ailleurs que ces défauts sont à la fois majeurs parce qu'ils relativisent le succès obtenu initialement, et mineurs parce qu'ils peuvent facilement être corrigés lors d'une reproduction de l'expérience, sans que cela ne vienne compromettre les excellentes conditions écologiques qui ont permis la production des phénomènes observés.

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Je remercie Jocelin Morisson pour son autorisation à publier une analyse critique de mon texte. Une réponse a été publiée ici.

Lettre ouverte de Jocelin Morisson à Renaud Evrard (30/03/2017)

Lettre ouverte à mon ami Renaud Evrard à propos de sa critique de l'expérience de clairvoyance réalisée à l'Institut Suisse des Sciences Noétiques (http://psychologie-heterodoxe.blogspot.fr/…/quelques-remarq…)

Cher Renaud, ta critique de l’expérience de clairvoyance de l’Issnoe avec Nicolas Fraisse appelle à son tour quelques commentaires, ainsi que tu le souhaites toi-même. Le premier porte sur tes motivations. Après avoir donné quelques miettes aux « tenants » et à tes amis parapsychologues en leur concédant en peu de lignes les qualités de cette étude, tu nourris grassement tes amis « sceptiques » en développant longuement ce qui constitue à tes yeux des « points négatifs ». Bien sûr ces derniers sont ravis de pouvoir balayer sans autre forme de procès des résultats d’expérience qui ne sont pas qu’un caillou dans leur chaussure mais bien un énorme pavé dans la mare de leur jardin. Tu as beau préciser à la fin que tu es pour ta part convaincu de la sincérité de tous les participants, tu ne peux ignorer l’effet produit par cette façon de ménager la chèvre et le chou qui octroie 10% à la chèvre et 90% au chou. Tout ceci ne serait pas très grave si cette entreprise ne constituait pas au final un cas typique de « fish drowning » (noyage de poisson), de « face veiling » (voilage de face), voire de « baby throwing with the bath’s water » (jet du bébé avec l’eau du bain). En dépit de la qualité de ton argumentation, tu commets d’abord quelques erreurs dont la première est de dire que le compte-rendu de l’expérience a été publié en français dans le bulletin n° 5 de la fondation Odier. Non, ce bulletin présente aussi la version en anglais du compte-rendu. Ensuite, la critique évoque la parution du livre et les passages de Sylvie Déthiollaz et NF dans les médias, mais il s’agissait alors de parler des recherches sur l’OBE sans mention de cette expérience de clairvoyance. De fait, beaucoup de commentaires sur Facebook montrent qu’il y a confusion entre les deux. Parler d’un livre « dont les objectifs sont ouvertement commerciaux » est par ailleurs spécieux puisque c’est le cas de tous les livres mais passons. L’émission d’Ardisson est le résultat d’un montage et tu ne peux pas savoir si les invités ont démenti ou pas telle ou telle erreur de l’animateur, comme celle qui fait mention de l’université de Genève. Sur les problèmes méthodologiques, l’histoire des enveloppes jaunes, dites « opaques », qui t’amène à présumer qu’elles sont des enveloppes kraft ordinaires frise la malhonnêteté. Tu l’illustres par une image où tu tiens une telle enveloppe devant une fenêtre pour en deviner le contenu à contre-jour, comme si Nicolas avait eu le loisir d’effectuer ce genre de manipulation devant les expérimentateurs, alors qu’il est bien dit qu’il ne touchait pas les enveloppes. L’argument consistant à dire qu’il les touchait au moment de les signer est archi-spécieux puisqu’à ce moment là il avait déjà donné sa réponse. Tu écris plus loin à propos de la sélection des cibles que « devoir se reposer sur la confiance dans les expérimentateurs ruine totalement l’analyse objective du protocole », en évoquant une sélection par ordinateur. On hallucine. Comment faisaient les expérimentateurs avant l’ordinateur ? Sous-entendre qu’un scénario de fraude est possible via une collusion entre M. et Mme Odier est navrant, pour dire le moins. Décédé à plus de 90 ans, il est clair que M. Odier était de « l’ancienne génération ». Passons, puisque tu me diras que tu ne fais que souligner des faiblesses protocolaires, sans autre intention. Je redis que tu ne peux pas ignorer les effets de ces arguments sur certains esprits beaucoup moins « objectifs » que toi. Puis il est fait mention de la présence d’un huissier, mais ça ne vaut rien non plus, notamment parce qu’il a assisté à une journée de test, d’ailleurs le double aveugle n’est pas respecté parce que SD avait constitué les lots. Franchement, la rigueur c’est bien, mais là on est dans l’aveuglement. Tu penses que les 79% de réussite de NF pourraient s’expliquer par les signes non-verbaux envoyés par les expérimentateurs ou la « fuite sensorielle » des enveloppes pas tout à fait opaques ou ce genre de choses dont « l’arrêt optionnel ». Comme dit plus haut c’est du « fish drowning » parce que cette critique omet complètement le caractère extraordinaire de la façon dont NF obtenait les informations. Le fait qu’il se soit mis à entendre une voix à partir du 8e test, en fait plusieurs voix se fondant en une seule, intervenant au motif que « ça n’allait pas assez vite », puis que cette voix ait donné des informations sous formes de poèmes que NF aurait alors composé spontanément alors que c’est, a priori, au-delà de sa portée ; le fait que certaines informations provenaient d’extraits de chansons ou même de mélodies qu’il ne connaissait pas, qui n’étaient en outre pas du tout de sa génération. Le fait que les derniers tests soient allés encore plus vite parce le temps manquait et que « la voix » se contentait de lire, semble-t-il, les mots clés écrits au dos de l’image, ce qui est illustré par le fait que NF ait mal entendu par exemple « serpent boa » et qu’il ait compris « serpent de bois ». Tout cela est complètement ignoré par ta critique, forcément parce qu'elle porte sur autre chose, alors que c’est bien là l’essentiel et du coup elle procède du détournement d'attention. On peut brandir le spectre de la rigueur scientifique mais là il devient l’arbre qui cache toute la forêt. On peut s’enorgueillir de s’être affranchi du « paradigme spirite », tellement archaïque, mais les questions ultimement posées par les phénomènes dits paranormaux ne sont pas « la voyance ou la télépathie existent-elle ? ». La question est « qui sommes-nous ? » ou bien « que sommes-nous ? ». On peut réduire à néant l’expé de l’Issnoe en la considérant isolément et en s’en tenant uniquement à ces points de protocole, et moi aussi je loue la rigueur scientifique, mais c’est passer complètement à côté de l’histoire, des 10 ans de recherches sur l’OBE qui ont elles aussi produit des données, de la démonstration de NF devant des caméras de tv suisse avec le « test de la boulangerie », qui bien sûr n’a pas de valeur scientifique. Cependant, un important corpus de données ou d’observations qualifiées d’anecdotiques va dans le même sens, et le fait est qu’il reste parfaitement rationnel de considérer que, oui, la conscience pourrait être capable de s’extraire ou de s’affranchir du corps pour accéder à des informations à distance, hors d’atteinte des sens, et que, oui, il est envisageable qu’en fait nous ayons bel et bien une « âme » qui survive à la mort du corps, qui continue d’exister ailleurs que dans le monde matériel, et qui soit capable de communiquer avec certaines personnes dans ce monde matériel, etc. Paradigme spirite ou pas, poser ces questions relève bel et bien de la raison (voir à ce propos la préface de Frédéric Lenoir au livre de SD et CC Fourrier), et c’est bien un mal français que de ne pas vouloir le voir. Des chercheurs américains comme Dean Radin ou Russel Targ n’ont aucun problème pour reconnaître que ces recherches portent ultimement sur des questionnements de nature spirituelle, quand ici on se cache derrière le petit doigt de la raison, ce qui constitue une faute épistémologique, un fourvoiement et un dévoiement de la raison. Enfin bref. Bien à toi.







[i] Gieryn, T. (1999). Cultural Boundaries of Science: Credibility on the Line. Chicago, Il : University of Chicago Press